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         L'idée me trotte dans la tête depuis plusieurs semaines. Constatant que les Chinois me prennent souvent pour un homme du Xinjiang, j'ai envie d'aller plus loin, de me redéguiser pour de bon en Chinois, vingt ans après mes premières métamorphoses. J'ai le sentiment que je passerais à côté d'une opportunité si je ne le faisais pas.[...]

 

         Ce dimanche soir 22 juillet, dans le train couchettes qui me conduit à Shenyang, la capitale de la province du Liaoning, à six cents kilomètres au nord de Pékin, je suis donc déguisé en Chinois blanc. Gloire et les enfants dorment déjà. Moi, je bous à la fois d'excitation et d'inquiétude. Les compartiments de six banquettes lits ne sont pas fermés par une porte, comme dans les trains français...

 

         [...] son poème Jiang xue, « Neige sur la rivière », l'un des plus connus de la poésie chinoise :

 

            Mille montagnes, aucun vol d'oiseau

            Dix mille sentiers, nulle trace de pas

            Juste une barque avec un vieillard en habits de paille

            Il pêche et la neige tombe sur la rivière

 

         Plutôt que de vomir en français une traduction littérale absconse par excès d'exactitude ou au contraire une adaptation libre et lourde en périphrases, comme c'est souvent le cas à partir du chinois, j'ai essayé de respecter l'intention de Liu Zongyuan : suggérer au lieu d'expliquer, créer avec un minimum de mots un maximum d'images, selon le principe que le flou donne de la précision, car il élargit le champs de la perception. En quatre vers de cinq idéogrammes seulement - en chinois -, Liu Zongyuan réussit à construire un décor, un climat, une histoire. Il « pose » les vingt mots - il choisit ceux-là, en écarte d'autres - comme un peintre applique des touches de couleur sur une toile. Il ne cherche pas à reproduire stupidement la réalité au détail près, mais au contraire à offrir une représentation, une vision de la réalité, et, justement, ce poème inspirera quantité de peintres. Je le relis. Je vois le fleuve qui s'écoule entre de hautes montagnes hostiles ; en plissant les yeux, je distingue [...]

 

         Si des gens naissent sur des aires d'autoroute, Laozi, lui, voit le jour sur un terrain plat, situé aujourd'hui en bordure de la route nationale numéro 311, à cinq kilomètres du centre de Luyi... le 15 février (calendrier lunaire chinois) de 571 avant Jésus-Christ, soit vingt années plus tôt que Confucius. Laozi, ou le « Vieux maître » en français, s'appelle Li Er de son vrai nom, c'est à dire « Li les Oreilles ». Il travaille comme archiviste à la capitale du royaume des Zhou, l'actuelle Luoyang...

 © Marc Boulet, éditions Denoël.

 

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